Episode 5

Dès qu’elle fut arrivée au Ministère des Occupations Transversales (le M.O.T), Garance fit convoquer tout ce que le chatoyant bâtiment[1] comptait de Responsables et de Spécialistes en occupations transversales. Il faut dire que tout le monde était particulièrement compétant. Il y avait bien sûr Garance, mais aussi des Responsables pour chaque clan de Cultureux et encore davantage pour chaque sous-clan. Chacun des Responsables était supervisé par une armée d’Ingénieurs en Occupations Transversales qui étaient capables de traduire en langage politicus n’importe quelle blabla inepte des Cultureux. Ces gens étaient la fierté du Royaume, ils ne comprenaient rien du premier coup, mais ça n’était pas grave car chacun savait que de toute manière le blabla cultureux est un salamalequisme. Les Ingénieurs avaient pour mission de tout résumer en blabla technopoliticus pour leurs chefs, puis en blabla pasprised’heutête pour les Ploucs (le « paprised’heutête » était le langage supposé des Ploucs — supposé, seulement car personne n’allait perdre son temps à écouter leurs gargarismes sans queue ni tête, ben tiens !). Les ingénieurs avaient eux aussi des valets dont le rôle était de côtoyer les ploucs au quotidien et de leur inculquer le bon parprised’heutête envoyé du M.O.T. Les Ploucocultes, comme on les appelait, étaient souvent d’anciens Ploucs et regardaient leurs anciens congénères avec un regard attendri. Fallait bien ça, parce que se coltiner les Ploucs et les Cultureux en même temps… ils avaient vraiment la foi. Les Ploucocultes cherchaient eux aussi des sous-sous pour faire des trucs, mais comme ils comprenaient un peu le langage politicus, ils avaient inventé un chatoyant bidule qui faisait bien marrer les Localuspoliticus : le « Stritar ». Et pour ça, les Localpoliticus aiment leur distribuer des sous-sous.

Le Stritar, c’était simple. Il suffisait d’avoir un dehors et puis de la progéniture de Ploucs avec des membres normaux (ce qui n’était pas si évident que ça car les Ploucs avaient une si mauvaise alimentation que nombre d’entre eux étaient déformés), et puis ça faisait du Stritar. Les progénitures Ploucs se trémoussaient sur du boumboum, poussaient des cris grotesques et faisaient de la flocfloc désordonnée sur des murs mis à leur disposition. Et comme l’idée venait de Cowboyie — le pays inventeur du Nespresso, tout de même ! — alors les Localpoliticus trouvaient ça bien. Parfois, les Localpoliticus venaient voir des agitations de Stritar et rigolaient bien et mangeaient des gâteaux.

Bref, Garance organise un Saint-Pozium (du nom de l’inventeur de ce genre de réunion magique) pour s’adresser à ses troupes : « Je sors à l’instant du Palais où j’ai vu notre Grand Politicusmassifus. Il va bien et sa collection de capsules grossit de jours en jours ». A ces mots, une liesse parcouru le parterre de Conseillers et de Responsables qui se donnèrent  l’accolade en se congratulant. « Mais l’heure est grave ! Parait qu’un tas de Cultureux fait gronder leur révolte sous prétexte qu’on cherche à détruire la Culture » des soupirs offusqués se firent entendre «  Oui, je sais, je sais, on travaille jour et nuit pour ces ingrats et ils continuent à faire leurs pas-contents. Mais là, c’est une affaire de la plus haute importance : Kimberley-Cappucine, la fille de notre valeureux Grand Politicusmassifus s’est émue de la disparition d’un chef-qui-n’est-pas-le-chef Cultureux. Selon nos informations, ce  chef-qui-n’est-pas-le-chef aurait été entrapé par un Localpoliticus de la banlieue de Lacapital. Je sais, je sais, l’entrapage est une pratique barbare et certains Localpoliticus ont l’entrapage facile. Mais peut-on leur jeter la pierre ? Après tout benyapud’sou, célacriz et yadézautr’piyorité. Mais bon, le Grand Politicusmassifus et Malin Cinq sont formels : faut pas que ça dure. Car parait que des Cultureux se réunissent en ce moment même pour lancer des blétissions au Colisée du Poinpoint ». Une rumeur s’éleva de l’assemblée des Responsables et des Spécialistes en Occupations Transversales lorsqu’une voix se fit entendre : « Garance, notre Politicusmassifus Intermédiaire au M.O.T, je viens de parler avec un des nôtres infiltré au sein des Cultureux : il me confirme cette nouvelle. Paraitrait qu’ils sont même sur le point de tomber d’accord sur le texte d’une douzaine de blétissions. » « Il est temps d’agir, interrompit Garance, que tous ceux qui ont des idées pour stopper les Cultureux se réunissent dans mon bureau sur le champ ». Personne n’avait la moindre idée, mais tout le monde emboitât le pas de Garence.

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[1] Le Ministère avait été dessiné par un architecte cowboyo-ninja Brank Marri qui — dans un élan créatif incommensurable — avait eu l’idée de faire une immeuble entièrement végétal. Ce visionnaire s’appuyait sur ses voyages en pays Gloppaglop où il avait été initié à cette technique de construction ancestrale que les gloppaglop désignaient dans leur langue douce et poétique par « kabhane enboi ». « C’est l’avenir les trucs en végétaux, tout le monde aime les plantes ! » avait tranché le Politicu avec la sagesse de la terre qui ne ment pas que chacun lui connaissait. Depuis, le Ministère avait fait quelques aménagements supplémentaires comme des structures en béton pour renforcer l’édifice, mais aussi un toit en zinc et deux ou trois autres choses dans le genre qui ne modifiait en rien le geste architecturale de Branck Marri…

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