Episode 2

Quand les Cultureux apprirent la disparition de leur chef, cela provoqua dans leurs rangs, rage et indignation. Rage, parce que ce n’est pas d’eux en particulier qu’on parlait ; indignation, parce que le terme « chef » avait été banni du langage Cultureux.

Chez les Cultureux, il n’y avait pas de chef, chacun savait ça. Un chef c’est fasciste, et donc : pas Cultureux ! Dans leur raffinement transcendé par leur esprit démocratique&participatif™, les Cultureux avaient nommés des « coordinateurs de projets » et des « responsables », du coup c’était moins fasciste. Et puis il faut dire que chez les Cultureux, il y avait plusieurs clans comme les Scrabouillard, les Plasticos, les Spéctakvivans, les Baveux, etc. et que chacun était organisé en un raffinement subtile de sous-clans. Par exemple, chez les Plasticos, il y avait les Moahajes qui racontaient leurs vies, les Flocflocs qui faisaient de la peinture, les Bonkbonks qui faisaient de la sculpture, les Alalacébos qui faisaient des choses encombrantes, les Cépapossibs qui faisaient des choses politiques, etc. Et puis à l’intérieur de ces sous-clans, il y en avait encore d’autres qui, par contre, ne pouvaient vraiment pas se piffrer. Les Flocfloc à moustaches ne supportaient pas les Flocflocs tordus (c’est les Flocflocs à moustaches qui les avaient baptisés ainsi, et les Flocflocs tordus avaient adopté cette désignation n’ayant pas le temps d’en chercher une autre ; les Flocflocs tordus sont généralement très occupés…). Les premiers reprochaient aux seconds de ne pas faire de la jolie flocfloc alors que les seconds reprochaient aux premiers de faire de la flocfloc ringarde. Ces oppositions existaient dans tous les clans et les sous-clans de Cultureux, ce qui explique aussi pourquoi il n’y avait pas vraiment de chef : le job était trop dangereux et en plus personne n’avait vraiment le temps de s’y coller.

Mais parfois, les Cultureux se réunissaient pour défendre la Culture (contrairement aux Ploucs qui se réunissaient seulement pour défendre « des emplois », idée qui était un peu trop vulgaire pour les Cultureux) et « lancer des blétissions ». Le lancement de blétission n’avait absolument rien de sportif contrairement au « lancer du marteau » par exemple. Mais ça ne veut pas dire que ça ne demandait aucun d’effort. Le plus difficile était que tous les Cultureux se mettent d’accord sur un blabla avant de lancer, ce qui pouvait durer assez longtemps car les Cultureux étaient assez précis avec le blabla ; surtout que chacun voulait imprimer la marque de son génie sur la blétission. Mais en ce jour, l’heure était grave : on avait quand même fait disparaitre leur chef-qui-n’était-pas-leur-chef et ça n’allait pas se passer commença. Des missives avaient été portés dans tout le royaume d’Heurablais pour que chaque « responsable » et chaque « coordinateur de projet » se rende — dans un esprit démocratique&participatif™ — au Colisée du Pointpoint où se tiendrait le « comité pour la libération de chef-qui-n’est-pas-le-chef ». Ils en profiteraient pour lancer quelques blétissions, mais sur ce point, tout le monde n’était pas d’accord.

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